Animations Sibojaï

JMZH 2015... Quelques jours plus tard

30 volontaires ont posé des fascines sur la plage du Jaï pendant les Journées Mondiales des Zones Humides... Et quelques jours plus tard la dune a déjà progressé.

La restauration du Lido du Jaï

Fédérer pour mieux préserver

 

Pépito, ambassadeur d'un partenariat insolite! 

 

Sur le Lido du Jaï, depuis l’automne 2011, les expériences de chantiers participatifs se multiplient. Ils sont ouverts à tous, sans exigence de compétences scientifiques en matière de biologie ou d’écologie, et dans un esprit commun de rendre au Jaï  ce qui fait sa singularité : une grande diversité biologique aux portes de nos villes dans un contexte largement industrialisé. Nous optons pour un programme de restauration en douceur afin de ne pas ajouter aux multiples dégradations déjà subies par ce site, un supplément de pollutions (engins lourds, rejets de CO2, bruits).

C’est ainsi qu’en mai 2012 à l’occasion de la Fête de la Nature, Pépito le petit âne de l’association Graines de soleil, est devenu en quelques heures de labour, l’ambassadeur de la restauration écologique et participative de la dune du Jaï.

 

Le Jaï : une identité forte - dans le pire comme dans le meilleur

S’il est un lieu étonnant sur le site naturel protégé du Bolmon (géré par le SIBOJAÏ pour le Conservatoire du Littoral et les communes de Marignane et Châteauneuf-les-Martigues), c’est bien cette étroite bande sableuse séparant l’Etang de Berre de l’Etang de Bolmon : le Lido du Jaï qui s’étire sur 4 km de long sur sa partie naturelle et 60 à 160m de large pour l’habitat sableux proprement dit (le double avec les marais d’arrière dune). C’est un bourrelet formé sous l’influence des deux étangs et stabilisé grâce à la couverture végétale qui fixe le sable.

Ce cordon dunaire longtemps exposé au piétinement, à la circulation motorisée et à toutes sortes de dégradations, est en phase de restauration  par des méthodes « douces » mais aussi grâce à l’engagement de différents acteurs locaux dans la préservation de la nature.

Le Jaï est une mosaïque d’habitats protégés(1) et d’espèces caractéristiques : la laisse de mer ou laisse d’étang, la dune embryonnaire et la dune mobile, avec Anthémis, Obione, Chiendent des sables, Soudes, Lys maritime(2), la dune fixée avec Ephedra dystachia(2), les marais d’arrière dune à jonçaies, sansouires, scirpaies, herbiers de Ruppia maritima (2) et roselières. Les espèces animales n’y sont pas moins représentées : Palourde, Coque, Mactre coralline, petite Telline rose, Syngnathe des lagunes(3) cousin de l’hippocampe et endémique de la Méditerranée , Sternes(2) recherchant un logement vacant sur le haut de plage, Echasse blanche(2) et Canard chipeau dans les marais, Blongios nain(2) dans les roselières. En automne et hiver, de nombreux migrateurs se nourrissent dans la laisse de mer (excellent garde-manger), avant de reprendre leur périple saisonnier vers l’Afrique.

Le lieu est donc très riche biologiquement, mais aussi très fréquenté humainement, parfois même sur fréquenté (en périodes estivales).

Comment chacun peut-il trouver sa place ? La Puce de mer comme l’Aigrette garzette, l’Ephedra comme le Lys maritime, l’ornithologue comme le kitesurfer!

La fermeture à la circulation motorisée marque un tournant décisif dans la protection et la gestion intégrée de la zone côtière [GIZC(4)] du Jaï. A partir de cette mesure, des chantiers nature peuvent alors commencer et avoir des effets rapides et pérennes. Ainsi, on favorise l’arrêt de l’érosion de la dune grâce à l’accumulation du sable. Fermer le Jaï à la circulation automobile, c’est aussi redéfinir des règles de vie sur ce site, des règles d’usages (par des conventions ou des règlements), un partage du territoire. Car il s’agit bien de montrer qu’un espace naturel longtemps malmené par des usagers peu attentifs, peut être requalifié et devenir un espace naturel respecté, et source de bien-être pour tous.

 

 

Comment impliquer les usagers dans une démarche participative de restauration ?

En cherchant des partenaires locaux œuvrant dans un même objectif de préservation de la biodiversité et attachés à la réhabilitation du Jaï.

Il nous faut trouver le moyen de rassembler les usagers  (promeneurs, sportifs, chasseurs, naturalistes, contemplatifs) autour d’un projet très concret de mise en valeur d’un espace naturel longtemps  oublié, voire « nié ». Car même si le Jaï était, avant la fermeture à la circulation motorisée, très fréquenté, la plupart des visiteurs y passaient sans y prêter attention, sans avoir conscience de sa richesse biologique, paysagère et de sa vulnérabilité. Jusqu’à 30 mètres cubes de déchets étaient abandonnés sur la dune chaque week-end d’été. Tenir compte des aménités en les conservant pour les générations futures d’usagers ne constituait pas la priorité.

Après une longue phase de sensibilisation des publics sur le caractère atypique de ce lieu, et sans résultats probants, il devient nécessaire de mobiliser une partie du public dans des actions participatives.

Dès la fermeture à l’automne 2011, nous engageons des chantiers basés sur l’éco-volontariat. C’est dans le cadre de l’opération « Rendez-vous sur les chemins » et pendant les Journées mondiales des zones humides que des bénévoles entament un travail de longue haleine. Lors de « goûters-chantiers » nous leur proposons de couper des branches de tamaris et de les disposer au sol afin de constituer des obstacles qui amplifient le phénomène d’accrétion de la dune et à terme sa reconstitution. C’est l’occasion de sensibiliser ce public au fonctionnement de l’écosystème dunaire et de la laisse de mer, à la mise en œuvre de moyens simples, écologiques et efficaces pour « réparer » la nature.

 

Se rencontrer autour de la biodiversité : une dimension sociale charnière pour la réussite de ces chantiers 

La convivialité est une des composantes essentielles de ces rendez-vous éco volontaires qui certes sont basés sur la motivation de chaque participant, mais aussi sur leur volonté de rencontrer d’autres personnes impliquées comme eux dans la protection de la nature.

On constate bien souvent que la plupart des inscrits à ces ateliers-nature  ne viennent pas forcément « en bande » mais viennent plutôt de façon individuelle ou en famille. Bien sûr, la contribution manuelle et technique des participants est importante, mais le partage des « mémoires » l’est tout autant. Chacun a son histoire avec ce lieu et vient également échanger des connaissances autour d’un territoire, d’un patrimoine qu’il soit naturel, industriel ou culturel. C’est souvent l’occasion de collecter des informations qui vont enrichir notre connaissance du site, des anecdotes qui vont intéresser les plus jeunes, des souvenirs qui nous livrent une plus grande lisibilité d’un lieu. On ne devient pas acteur dans la protection de la nature seulement pour l’aspect technique qu’on peut apporter (ramassage de déchets, plantations, pose de fascines, etc.), mais aussi pour le lien social que cela implique.

 

Pépito au centre d’un dispositif de reconquête 

 

Un âne sur le Jaï ? 

Dans la matinée du 10 mai 2012, on assistait sur le Jaï à une scène inhabituelle : une petite charrue tirée par un âne timide et « bosseur », qui creusait des sillons dans le sable compacté depuis tant d’années.

L’arrivée de Pépito dans cette aventure de restauration crée la surprise et les questions fusent !

Pourquoi un âne ? Mais qu’est-ce qu’il fait ? Creuser des sillons, pour quoi faire ? Décompacter le sol ? L’aérer ? Et à toutes ces questions, il nous suffit de donner des réponses simples, presque trop simples. Et quand c’est trop simple, c’est toujours un peu suspect !

Oui, il existe des méthodes simples, écologiques et efficaces pour réparer la nature. Nous favorisons cette option : labour par traction animale pour aérer sol, ensemencement par des graines déjà présentes sur le site, coupe de branches de tamaris et de pins pour réaliser des fascines et des piquets fixateurs, utilisation des fascines comme pièges à sable, mais aussi comme moyens de « balisage » sur le Jaï, sans altérer l’esprit des lieux par des aménagements de type ganivelles.

 

Un partenariat tourné vers la réinsertion sociale

L’association Graine de Soleil nous apporte son savoir-faire en matière de traction animale. Cette association, créée en 2004 sur la commune de Châteauneuf-les-Martigues, œuvre pour l’insertion socio-professionnelle à travers des activités liées au maraîchage biologique et à l’animation d’un jardin éducatif. Elle lutte contre les exclusions et la précarité en mobilisant les conditions d’un retour à l’emploi durable chez des personnes de tout âge en difficulté sociale et professionnelle dans le cadre d’une activité de travail valorisante. De plus, elle produit et commercialise dans le respect du cahier des charges de l’agriculture biologique, des légumes de saison distribués localement aux crèches, magasins et citoyens adhérents du territoire. Elle s’engage dans une démarche de développement soutenable et de ce fait accompagne parfaitement ce programme de restauration participative.

Il y a dans ce projet un aspect réparateur et pédagogique : restaurer la dune du Jaï, impliquer des personnes en rupture socio professionnelle, inciter l’éco volontariat à travers des chantiers nature, créer du lien social entre les usagers qui ne se connaissent pas forcément et qui ont  même quelquefois des points de vue très divergents.

L’important reste que tous ces acteurs impliqués prennent conscience de leur écocitoyenneté, même si au départ ce n’est pas une évidence. La protection de la nature les rassemble, Pépito les intrigue et le dialogue s’instaure avec à la clé cette question : que pouvons-nous faire pour aider, pour accélérer le processus de reconquête végétale ?

 

Les « Semailles du Jaï »

Lorsque l’âne laboureur est passé, le sol est décompacté et aéré. C’est alors que la germination peut s’accomplir. Chaque enfant ou adulte venant visiter et comprendre le Jaï, après avoir été sensibilisé aux habitats naturels du site, termine sa visite par une petite séance de semailles.

Quelques poignées de sable naturellement chargées de graines sont ramassées sur la plage du Jaï et sont semées par les personnes sur les secteurs labourés pour reconstituer la végétation dunaire fixatrice. Cet exercice n’a pas qu’une valeur symbolique puisque les résultats sont rapidement visibles et encourageants.

Pépito revient en décembre 2012 pour une nouvelle session de labour et investit les lieux durant plusieurs semaines. C’est l’occasion pour le public d’assister à uneanimation sur le terrain, de rencontrer les gardes du littoral, les membres de l’Association Graines de Soleil et de photographier ce petit âne ambassadeur d’une restauration écologique sans précédent sur le site naturel du Bolmon et du Jaï.

 

L’expérience nous montre que le Jaï se porte bien mieux aujourd’hui, et que les comportements et les mentalités changent progressivement.

Il se crée un noyau d’ "usagers acteurs" sur ce site qui porte un regard enthousiaste sur le travail effectué. Il relaie l’information auprès des autres usagers qui peu à peu se réapproprient cet espace, dans le respect et la fierté de côtoyer un lieu aussi rare. L’effet « boule de neige » est amorcé et le calme revient sur le Lido du Jaï, sauf les jours de tempête!

 

(1) Habitat Naturel Protégé par la Directive européenne Natura 2000

(2) Espèces protégées en France

(3) Liste rouge des espèces mondialement menacées de L’UICN

(4) Gestion Intégrée de Zones Côtières